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Pourquoi vivre d’amour et d’eau fraiche quand on peut se fendre la gueule de haine et d’alcool ?

Je boirais bien un peu d’eau fraiche avant d’embrasser ma princesse sous la pluie d’étoiles filantes !


Tout cela est fort beau en vérité et mériterait un cliché, une toile, de celles que l’on trouve dans les vides-greniers, les dimanches pluvieux d’octobre. Les beaux sentiments, l’essence de rose que l’on s’injecte dans les veines pour se sentir bien et sentir bon, les œillades complices, les sérénades qu’on pisse dans des violons pour faire fuir la réalité concupiscente ; tout cela, et bien plus, c’est se voiler la face comme les représentantes afghanes de l’égalité des sexes. Avouez-vous-le : l’amour et l’eau fraiche, c’est du bonheur au rabais.


Si audacieusement, nous retirons toute considération métaphorique, nous ne pouvons que constater la vanité d’une existence reposant sur ces préceptes. Développons un peu.
Le corps humain, s’il a certes besoin de se réhydrater régulièrement - l’eau fraiche remplissant parfaitement ce rôle – nécessite également d’être réapprovisionné en nourriture plusieurs fois par semaine (considérons trois fois par jour comme une moyenne). Les aliments ingérés apportent alors vitamines, fibres, glucides et glucose nécessaires au bon fonctionnement de cette formidable machine. Or, l’amour, dans cette tâche, s’avère fort minable. Il n’apporte aucun de ces nutriments et ne régénère pas les calories qu’il fait perdre. N’oubliez pas également que l’amour rend aveugle, et que ce sens est fort utile, principalement pour éviter les crocodiles lorsque vous vous rendez au point d’eau le plus proche.
Donc en réalité, vous pouvez décider de vivre d’amour et d’eau fraiche, mais n’espérez pas y survivre plus d’un mois !

Au contraire, la haine et l’alcool, bien dosés et mélangés peuvent donner un cocktail explosif (au sens premier du terme). Tout d’abord, le mode d’emploi pour réussir un bon Molotov :
Prenez une bouteille d’alcool bon marché mais bien fort ; vodka ou rhum, c’est selon les goûts de chacun. Videz-la de moitié, à l’aide d’un entonnoir si besoin, dans votre estomac. Crachez dans la bouteille votre haine du système, une bonne lampée de misanthropie et une pincée de dégoût de vous-même (pas plus de quelques grains, c’est un peu amer), secouez, puis rajouter une rondelle de citron vert. Enfoncez un bout de chiffon, mettez-y le feu, puis jetez-le sur d’innocentes créatures se promenant main dans la main près des fontaines.

Vivre de haine et d’alcool n’est pas meilleur pour la santé que l’autre version. Il y a toujours ce problème de nourriture ; mais une chose est sûr, c’est bien plus amusant. Distiller sa haine à son entourage a un côté jouissif et excitant et demande bien moins d’attention et de concentration que l’amour. Du sentiment affectueux, il en a toute la saveur, sans les à-côtés détestables : le risque de faire quelque chose de travers, les mots gentiniais, les petites attentions et les grandes surprises, les compromis, les connes promesses, la promiscuité et les prémisses, qu’elles connaissent, de l’enfant à naître. Rien de tout cela avec la haine. Elle nous entraîne dans une spirale de joie malsaine dont la honte nous étouffe, mais que nous nous forçons de noyer avec l’aide des cousins Baccardi et Eristoff. Chroniquez la haine ordinaire, emmerdez de manière desprogeo-gainsbarienne les jeunes et le foot, la démocratie et Dieu, les handicapés et les non-handicapés, les dits et les non-dits, les chalands et les nonchalants avec toute la mauvaise foi que vous pouvez gerber ; toute cette bile retenu dans le mauvais foie que la bibine a marqué. La liberté est à ce prix et vous vous sentirez soulagé ; vous pourrez donc mourir l’esprit léger avec l’assurance que plus rien ne vous retient en ce bas-monde (assurez-vous toutefois d’avoir finir votre flasque avant que vos membres ne se raidissent – il ne faut rien laisser derrière soi).

Surtout, n’essayez surtout pas de concilier amour et alcool ou haine et eau fraiche. Le résultat est des plus catastrophiques.
L’alcool versé dans un bol d’amour rend le tout fortement corrosif. Le mélange agit directement dans vos entrailles vous donnant les pires coliques (mélancoliques), vous laissant dans un état catatonique et bien souvent sur la paille. Une fois acquis, le sentiment amoureux ne s’efface pas comme une simple tâche de ketchup sur un chemisier à fleurs avec une lessive pas classique du tout, mais nécessite des détergents bien plus efficaces. L’alcool, lui, empêche ces produits d’agir, créant une protection de rêves déchirés de regrets, de secret espoir absurde, de mémoire affective affectée et d’amertume. Impossible de décuver ; l’amoureux ivre ne voit dans sa brume que le visage de sa brune et ne sent que les effluves de son parfum. Il ne cherche même plus vraiment à vivre ; ce n’est décidément pas très drôle.
La soupe froide que produit la haine épluchée et nettoyée à l’eau fraiche, quant à elle, est incolore, insipide et indolore. Elle n’apporte ni force, ni résistance, ne brûle pas et ne présente donc auncun intérêt ludique. Ennuyante au possible, elle provoque l’indifférence ou même pire – elle apporte parfois de la déférence à votre égard ! Fuyez ce bouillon pamphlétaire si vous ne souhaitez en aucun cas devenir l’intellectuel révolutionnaire brouillon des plateaux de télévision.


S’il est vrai que l’alcool et la haine n’augmente pas votre espérance de vie, ils permettent néanmoins de recueillir le nectar de délectation se trouvant au cœur de toute détestation imbibée de pinard. Cultivez cette haine, arrosez-la non pas d’eau fraiche, ennuyante à mort, mais d’eau-de-vie ; l’année écoulée verra germer les graines, éclore les boutons. Sustentez chaque fleur de votre plus profond mépris et avec de la patience, vous contemplerez l’arrivée des premiers fruits de pure malveillance.
Il ne reste plus qu’à croquer à pleine dents ce mets si savoureux.

“Je vous gerbe à la raie !”

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Auteur: Garbage Collector

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