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On ne ramène pas toujours ce que l'on veut des expéditions

« Nouveau kit de survie ! Contient :
– Une notice de survie
– Une gourde étanche pleine
– 2 boîtes de pâté Henaff
– Des bandages
– Une flasque d’alcool à 70°
– Une Croix, une Main de Fatma, une Étoile de David
– Une capsule de cyanure »
Les Kits de Survie des entreprises Merck, « Les baveux ne me font plus peur ! »



« De quoi avons-nous besoin ? »
Armand retournait tous les débris qu’il pouvait trouver, espérant dénicher des objets vraiment utiles pour la communauté. Il laissait de côté sciemment ce qui était trop abimé, trop lourd ou tout simplement inutile. Il avait réussi à dénicher un ancien four, mais il n’était pas certain qu’il fonctionnât encore – de plus l’électricité était devenu depuis longtemps un sérieux problème, comme toute autre source d’énergie.
Danone, le puissant fils aîné de Peugeot jeta un coup d’œil rapide à la prise d’Armand et lança de sa voix tranchante :
« Chois cela. On fafouille des utils : el’ vis, el’pointes. Y ‘ra besoin d’chourmer queques solids. Ces quatre bouts de tôles, ce bout d’béton. On ‘ra besoin de biceps. »

Armand laissa tomber le four et se mit à fouiller avec soin les décombres de ce qui devait jadis être une habitation, à la recherches de tout ce qui pouvaient servir de fixations. C’était l’une des ressources les plus rares dans le Sec, car la poussière recouvrait tout et les objets les plus petits étaient bien souvent emportés par le vent. L’ancien explorateur, désigné Montreur – guide du Désert en somme – par le chef de la petite colonie devait admettre que Peugeot et sa petite famille, bien que dirigeant les Miraculés Bannis d’une main de fer, étaient particulièrement efficaces dans la façon de gérer les défenses et la survie de la communauté. Il était même admiratif face au sérieux et au bon sens de Danone, qui savait prendre les décisions les plus sages et qui connaissait toujours exactement ce que les Fouilleurs devait rapporter en priorité à la ville.
Les expéditions demandaient une organisation minutieuse avant chaque départ, afin de savoir exactement combien de personnes participeraient (un roulement était en général opéré pour limiter la fatigue, première cause d’inattention et donc de mort dans le Désert), ce qu’il fallait emporter (nourriture, eau, outils) et enfin, ce qu’il était réellement nécessaire de ramener au refuge. Cette colonie tenait debout depuis quelques années déjà ; et ce n’était pas dû seulement à la chance. D’après l’expérience d’Armand, les refuges ne tiennent en moyenne que quelques mois au plus, tant il est impossible de gérer dans les conditions de survie actuelles toutes les individualités présentes. Il en savait quelque chose ; tous les abris qu’il avait atteint avaient tous périclité à cause de ce manque d’organisation, et ce manque, soyons réaliste, d’un vrai meneur, d’un chef qui avait les épaules assez larges et la gueule assez grande pour faire d’un misérable assemblage de détritus un véritable château. Peugeot était de cette trempe-là.
Cela n’avait pas été simple pourtant au début, tant l’indépendance d’Armand était marquée ; son principal trait de caractère, celui qui lui avait permis de survivre jusque là ; également celui qui avait bien failli lui coûter la peau. Pendant les premiers jours au camp, Armand ne voulait rien entendre et continuait d’agir comme il l’avait toujours fait : en ne s’attachant pas, en sauvant sa peau ; toujours la sienne avant celle des autres. En solitaire. Quelques échanges houleux et une dent en moins pour l’explorateur ont permis de clarifier la situation et de lui attribuer un rôle dans la communauté. Rien, ni personne, ne devait être inutile ; c’était là le point crucial de la « politique » menée par Peugeot et les siens, et il la faisait respecter à grand coup de botte dans le nez en cas de rébellion. Malgré tout, ou plutôt grâce à cela, les Miraculés Bannis étaient toujours en vie et n’avaient pas eu à abandonner les lieux – pas encore.

Ils étaient partis ce matin à sept, emportant juste de quoi transporter les lourdes pièces et – bien sûr – de quoi se défendre. Armand partait toujours en tête, silencieux comme le Sec, repérait les déambulations des chagnards et quadrillait une zone assez grande pour augmenter la chance de trouver des choses utiles, mais suffisamment petite pour que personne ne se retrouve hors du champ de vision des autres. Généralement, deux gardes effectuaient des rondes, avec pour mission de repérer les errants assez tôt pour que tous aient le temps de se replier avant l’arrivée de la Horde. Bien souvent, ces postes étaient occupés par les deux frangins, fils de Peugeot, Danone et Tampax, deux véritables colosses ayant hérités de la force et du tempérament explosif de leur père, et de l’intelligence et la compassion de leur mère. Un drôle de mélange qui les rendait, l’un dans l’autre, plutôt sympathiques aux yeux d’Armand.
Les journées dans le Désert étaient très longues ; les fouilleurs quittaient le Havre au petit matin, pour ne rentrer que tard le soir. Tout en restant concentré sur ses propres recherches, il est vital de toujours garder un œil sur les alentours, pour ne jamais être pris par surprise par les baveux – la plupart des pertes humaines étant liée à un manque d’inattention. Cette fois-ci, Tampax débusqua rapidement le mort-vivant, avant qu’il n’atteigne Nasdaq, le fouilleur qu’il avait pris en chasse.
Tampax se précipita vers la créature en brandissant sa batte de fer, tout en hurlant aux explorateurs de se regrouper :
« Centrez-vous ! Arpenteurs ! Nasdaq, stay not here, recule ! »
Danone prit les choses en main en forçant les vifs à se réunir autour de lui, regroupant rapidement et succinctement ce qui pouvait être ramené au refuge.
« Prêtez-vous à s’ramner. Chagnards rar’ment uniques, surtout avec l’aut’ serpe qui gueule ! S’en va meuter la horde ! »
Effectivement, au bout de quelques minutes, les chagnards firent leur apparition, sortant la tête, où pour certains, ce qu’il en restait, de la poussière grise du Sec. Il était impossible de les voir lorsque les explorateurs arrivaient sur les lieux, comme ils étaient en général recouverts entièrement sous la suie sablonneuse. Certains restaient allongés là depuis leur mort jusqu’à ce que quelque chose les réveille, en l’occurrence les cris et les pas de course du frère de Danone. Le temps que chacun ramasse à la va-vite les outils qui trainaient, Tampax était aux prises avec quatre de ces arpenteurs, les repoussant tant bien que mal avec sa batte, en évitant au mieux les coups de griffes et de dents. Danone jura, prit trois grosses planches tenues ensemble par une vieille corde pourrie sur ses épaules et entonna d’une voix puissante le repli. Les quatre fouilleurs et le montreur ne se firent pas prier et coururent vers la « cité ».

«Tamp’ ! Accoure ! » hurla son frère alors que les chagnards se ruèrent vers lui – et vers les fuyards. Tampax parvint à se libérer et se rua vers le reste de la troupe. Devant Armand, l’un des fouilleurs tomba au sol, la cheville maintenue par une main pourrissante sortant du sol. Hurlant et se débattant avec force, il attira deux autres morts-debouts qui lui tombèrent dessus, cherchant à déchirer sa chair pour se repaître de la chaleur de ses entrailles. Armand parvint à temps pour décocher au premier d’entre eux un coup de pied suffisamment violent pour le repousser d’un bon mètre, le second étant vaincu par Nasdaq, qui attrapa le mort pour le jeter plus loin. Rapidement, les deux frères furent présent, remirent le fouilleur sur pied et repartirent en direction du Havre.
Il leur fallut vingt bonnes minutes pour rentrer, le tout au pas de course, pour éviter de se faire prendre par les baveux se réveillant sur leur passage. Danone laissa tomber ses planches à mi-course en jurant, se concentrant sur la défense du petit groupe et sa propre survie. Une fois tous rentrés au refuge, Nasdaq se tourna vers l’homme qui était tombé.
« Altec, oeille-moi ta ssure, dit-il avec autorité. »
Altec refusa, mais devant les regards interrogatifs des deux frères, il obtempéra, relevant en grimaçant  son pantalon. Du sang coula de la blessure ouverte ; Danone cracha par terre.
« Z’auriez pas du le saffer. C’est une changeuse. Y s’en saffera pas.
— C’est faux ! hurla Altec. C’t’une griffure ! Pas d’danger ! »
Les autres hochèrent la tête en signe de dénégation et de résignation. Armand connaissait également ces blessures ; les morsures étaient le principal vecteur du changement. En quelques heures, la personne blessée mourrait, puis se relevait pour arpenter ce qui restait du monde en quête de viande – fraiche si possible. Il n’y avait à sa connaissance aucun moyen de le soigner. Même l’amputation ne remédiait pas le problème ; le poison était bien trop rapide à agir, surtout en état de stress.

Danone se pencha vers lui, et le regarda droit dans les yeux.
« Comme toujours, tu as le choix : la cheuse, ici, now, ou l’errance, dans l’Sec. »
La voix de Danone s’était faite calme, mais son intonation indiquait qu’il n’y avait aucun moyen de réchapper à la sentence. C’était la première règle que tout les survivants avaient appris ; Armand l’avait si souvent vu appliquer… Il lança un regard plein de compassion au jeune homme qui ne cessait de crier qu’il n’y avait rien, que c’était juste une égratignure. Peugeot arriva, suivi par une dizaine de curieux, jugea la situation puis dit à ses fils et aux autres :
« Laissez-moi avec lui un tic. Quittez l’lieu, allez tomber vos trésors. »
Tous obéirent, la tête basse, sans dire un mot. On a beau avoir toujours connu ce monde-là, avoir vu les amis les plus proches se faire croquer, on ne s’habitue jamais vraiment. Armand et les autres déposèrent le peu qu’ils avaient pu ramasser, sachant pertinemment qu’ils devaient y retourner le lendemain pour ramasser ce qu’ils avaient laissé tomber.
Cela se fera sans Altec. Lorsqu’ils revinrent à l’entrée, celui-ci était mort, et s’apprêtait à être brulé – il avait choisi la cheuse rapide.

Peugeot se tourna vers les bannis présents et dit d’une voix sans émotion :
« C’noir, nous aurons une horde forte. Al’ jour, nous devrons faire l’ménage. C’jour n’est pas fini, armez-vous. »
En effet, les chagnards étaient nombreux devant les remparts de la « cité » ; ils avaient suivi le petit groupe et commençaient à cogner aux parois. La nuit allait être longue, Armand l’imaginait ; il attrapa une structure de métal servant normalement aux défenses du Havre et rejoint les autres devant les remparts.

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Auteur: Garbage Collector

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