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Les nains sous la montagne

« Chaussette ! »
Un jour, tu auras ton niveau.

Alors que la masse des gens pressés se contente d’une information impersonnelle dans une petite boîte à images ou d’une simple feuille de chou imprimée le matin même, il subsiste encore quelques irréductibles qui ont encore cette préférence pour les dépêches de proximité, celle hurlée par les crieurs publics ; celle chantée par les troubadours dans les tavernes. Si les précisions et les détails peuvent manquer, les trouvères savent enjoliver et rendre vivants les histoires du bout du monde, les légendes des autres temps. Internet nous habitue à connaître dans la minute les tribulations de nos concitoyens ; les troubadours, eux, peuvent attendre des siècles avant de parvenir dans la taverne du quartier, et la joie de les entendre déclamer les actualités du XIIIe siècle n’en est que plus grande. La contrepartie est la nécessité de prévoir une petite modernisation de leurs chansons, afin de ne pas totalement perdre leur auditoire.


Tenez, samedi dernier, alors que je vidais deux-trois chopines avec quelques amis à l’auberge du Chien Rugissant, des accords mélodieux de harpe et de pipeau se mêlant à la rythmique entrainante d’un tambourin nous firent lever le nez de nos messes basses et autres bières brunes pour écouter la fougue des ménestrels qui avaient investis la scène. L’histoire qui nous a alors été contée datait de plusieurs siècles, mais, nous promirent nos artistes-reporters en préambule, était toujours d’actualité, tant les tensions entre les communautés et la recherche incessante de quoi beurrer les épinards trouvent toujours un écho dans notre société, quelle qu’en soit l’époque. Je vous la retranscris telle que je m’en souviens, telle qu’elle fut à-peu-près chantée, telle qu’elle fut plus ou moins bien mémorisée à travers les années, telle qu’elle ne fut sans doute pas vécue.

« Oyez, auditeurs attentifs et imbibés,
la complainte du hobbit choyé et biberonné,
qui dut troquer ses habits de villégiature
contre des frusques résistantes aux aventures.
Un jour, vint cogner à sa porte de rotin
cet homme, parrain des Istaris Napolitains,
qui escomptait se faire inviter, bien le bonjour.
Sous la menace, notre héros ne se fit point sourd,
et tout en avisant les flambeaux vespéraux,
le pria de venir chez lui pour l’apéro.
Le soir venu, pour l’hôte, la surprise fut de mise,
quand se présenta une véritable entreprise ;
barbus des pieds au crâne qu’ils avaient proche du sol,
treize nains se bousculèrent à l’entrée de son hall.
Pris au dépourvu, mais plein de ressources, notre hobbit,
nommons-le Bilbour, pour cette réunion subite,
sut improviser, sortir cacahouètes et bières,
petits fours et pizza qu’il n’a pu manger hier.
Le patron des gangsters arriva en dernier,
s’enquit de son hôte, sa santé et ses deniers,
se servit en bourbon, tira sur son cigare,
effectua les présentations d’usage ; hagard,
le bon Bilbour ne comprit pas ce qu’ils faisaient
chez lui, tout nains et sorciers mafieux qu’ils étaient,
à discuter voyage, magot et territoire,
l’intégrant, lui, de manière aussi péremptoire
dans ce jeu qui le dépassait en toute mesure.
Finalement, ils eurent le pauvre Bilbour à l’usure,
principalement lorsque le plus jeune des nains, Fìlis,
remonta de la cave avec le cannabis
que le hobbit gardait jalousement au frais.
Ce dernier faillit s’étrangler, perdant son fret,
ses revenus, sa dignité de dealer honnête,
le tout en une seul fois, et pire ! pour des sornettes.
La cave vidée, l’herbe fumée, les vivres mangées,
les truands exposèrent leur plan et ses dangers.
Récupérer une somme coquette volée jadis
et faire subir au coquin moult préjudices.
Le hobbit était le cambrioleur du groupe,
prenant les risques avant le reste de la troupe,
proie facile par son embonpoint, ses courtes pattes
surtout lorsqu’ils doivent affronter un psychopathe. »

La suite du récit reste assez embrumée dans mon esprit, tant les timbales s’entrechoquaient, les voix s’éraillaient, les ménestrels évitaient tant bien que mal les projectiles énamourés qui, de par leur propre volonté, volaient à travers la salle pour aller embrasser leurs visages réticents. Je me souviens que ce brave Bilbour en a vu des vertes et des pas mures, se faisant chaparder son petit déjeuner tous les matins et subissant de nombreux quolibets désobligeant. Malgré tout, il les enfuma tous en dénichant la cachette de trois gros dealers qu’il s’empressa de vider ; il y en avait pour au moins trois kilos de résine, l’équivalent en billets violets et deux desert eagle de calibre .357 Magnum. Il put d’ailleurs mettre à profit sa trouvaille lorsque l’association des 15 malfaiteurs se fit capturer par un clan ennemi qui avait jurer de leur faire la peau – quelque chose comme une vendetta à l’encontre des nains belliqueux qui pouvait dater de quelques générations. Le fait est qu’ils réussirent tous à fuir, grâce à la malignité de l’istari, mais ce pauvre Bilbour trébucha et termina sa chute dans la cave glauque d’un rappeur solitaire. S’ensuivit un battle épique, au cours duquel notre héros prouva qu’il n’était pas juste gros et fumeur de haschich ; il avait également de la répartie. Il repartit heureux comme un cornichon dans du vinaigre avec une grosse bagouze étincelante.
Il me manque ici une partie, parce que j’étais partie faire la place nécessaire à l’ingestion de davantage de bières, mais quand je suis revenu des tables étaient renversées, des hommes se battaient et un ménestrel manquait sur la scène. Ses collègues poursuivaient toujours, non pas qu’ils souhaitaient particulièrement rester, mais pour atteindre la sortie, il leur fallait traverser la pièce principale et ils n’étaient pas sûr que le risque en valait la peine. Mieux valait attendre que tout le monde s’endorme dans son vomi et en profiter pour prendre la poudre d’escampette. Par chance, celui qui s’était fait enlevé, écrabouillé puis mutilé et enfin mijoté (on ne le sut que le lendemain vers midi) était le joueur de triangle, qui ne manquerait donc pas trop au récital. Je suspecte un peu les membres principaux du groupe à engager des musiciens en trop simplement pour en faire une cible facile pour la vindicte publique. À partir de ce moment, il fut bien plus difficile de suivre la suite des aventures du hobbit tant chacun cherchait à se protéger des coups de dagues dans le dos qui menaçaient à chaque seconde. Il me sembla qu’après la fuite dans des tonnelets remplis de vin (Château Latour 1985), les 13 lascars et leur cambrioleur échouèrent au pied de la villa de Smaugy Smaug. Là, c’est un peu plus confus, Bilbour, complètement défait par l’alcool, ne sentit plus et pensa être capable d’aller lui dérober sa collection de Pin’s collectors de San Ku Kai sous le museau. En fin de compte, il ne parvint qu’à énerver l’immonde Smaugy Smaug qui décida de raser le village de ceux qui n’y étaient pour rien. C’est là qu’il se prit une bastos dans le buffet qui l’envoya ad patres, permettant ainsi aux nains de reprendre possession de leurs possessions.
Et après, ce fut la guerre.

Bon, j’avoue, les troubadours racontaient mieux, mais à ma décharge, c’est beaucoup plus difficile de comprendre les paroles d’un homme lorsqu’il n’a plus de dents, après qu’il a reçu un tabouret dans la mâchoire, tout ça parce qu’un abruti d’orc dans la salle a cru entendre : « Les peaux vertes sont tous des abrutis congénitaux et ne savent pas compter plus loin que leurs doigts et ils écoutent Pascal Obispo en boucle. » alors que les paroles à ce moment étaient, j’en jurerais :

« Je suis Thorïn, fils de Thraïn, fils de…
— Fils de pute, coupa Jésus, la couronne d’épine ceinte à son front.
— … Thror, roi sous la putain de montagne de billets, continua l’air de rien le nain, et je…
— I’m back ! coupa Terminator, persuadé d’être au bon endroit au bon moment. »
Mais j’avoue, je ne suis plus aussi sûr que l’autre jour.

En tout cas, je peux vous assurer, ce fut un pur moment d’anthologie.

En dehors de toute cette agitation de taverne, de musique traditionnelle naine, j’ai mangé de la tarte à la tartiflette. Si si. Et lors de ma plus récente rencontre avec Bilbo, il était très loin de la Montagne Solitaire ; toutefois il s’essayait en solitaire sur le coussin. Si si.


Naheulband, Mon ancêtre Gurdil

Merci à Llyuna pour les photos et vidéos

Si vous souhaitez aller voir d’autres vidéos du concert du Naheulband de Landrévarzec, allez voir
là-bas :
Les épées Durandil
À l’aventure compagnons
Troll Farceur et Elfe Farci
Garbage Collector

Auteur: Garbage Collector

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