GarbageCollector

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Ce qui se rêve, ce qui se construit

«L’inspiration vient toujours, quand l’homme le veut, mais elle ne s’en va pas toujours quand il le veut. »
Charles Baudelaire, Fusées


Je n’aime pas quand mes états d’âme ne s’accordent pas au temps.
Cette phrase introductive signifie qu’ici il fait beau, cette journée nous offrant un magnifique ciel bleu et l’arbre en face de ma fenêtre accueille à sa cime un héron ; par contre, il fait un froid de canard.

***

La dernière heure avant que le sommeil ne l’emporte ; les précieuses minutes sous l’eau de la douche ; les trajets, à pied ou en tram, en train, en voiture – en tant que passager bien sûr ; les heures devant l’écran, devant une page blanche, devant un film, devant un livre, devant une bande dessinée ; la musique qui envahit mon espace vital, mon quotidien, l’animant, le déstructurant, le remodelant ; le monde émergeant de l’obscurité de mes paupières closes ; les battements de paupière qui entraînent une tempête dans mon crâne ; au cinéma ; avec vous aussi.

Un espace sans contours, ni clair, ni obscur, insonore, incolore, inodore, quelques minutes encore. Une forme vague, une silhouette, masculine. Un homme adulte, la trentaine, peut-être un peu moins. Fin, souple, pas très grand. Courbé, cherchant quelque chose peut-être ? Non, caché. Drapé de sombre, brun noir, cagoulé. Discret. Une arme, un éclat dans le noir : un poignard à sa main droite.
Assassin.
Il pénètre dans une chambre, avise sa proie dans son lit. Il connaît son métier, il n’en est pas à son coup d’essai. Pas d’araignée, mouvements furtifs du serpent, concentration de la panthère : il est homme et animal à la fois. Aucun mouvement superflu, ses vêtements serrés ne risquent pas de l’encombrer et de claquer malencontreusement. C’est une nuit sans vent, il n’y aura pas de courant d’air, la fenêtre peut reste ouverte. Dehors, il n’y a pas âme qui vive ; pour l’animation, il faut descendre au port et dans les bas-quartiers. Le tueur doit occire la cible sans que celle-ci ne se réveille. Il ne pose généralement pas de question, mais devant l’insistance de son commanditaire à ce que le travail soit accompli sans que la victime ne sorte de son sommeil, il n’avait pu s’empêcher de demander pourquoi. Et il n’avait pas reçu de réponse qui le satisfasse ; son employeur lui assura que c’était une condition vitale, il insista sur le mot, à l’exécution du contrat. L’assassin est tout prêt maintenant de commettre son crime, le froid de l’acier à deux doigts de la gorge de sa jeune cible. Il retient sa respiration. Soudain, il est pris d’un doute : se déteste-t-il autant pour oser ôter la vie d’un enfant ? Combien de victimes de cet âge a-t-il déjà tué, sans jamais ressentir le moindre remord ? Pourquoi cette fois-ci, au moment crucial, faiblit-il ainsi ? Il doit se calmer, faire le vide, il ferme les yeux. Deux secondes. Il les ouvre à nouveau, pour découvrir ceux de l’enfant braqués sur lui. Le garçon ne sourcille pas, ne dis mot  ni ne hurle ; la terreur l’a emporté sur sa raison et le frappe de mutisme, par chance ! La mort fait son office, goûte au sang épais qui s’écoule de la gorge juvénile ; son apôtre est déjà loin. Il attendra que le jour se lève et que la nouvelle se soit répandue pour aller réclamer sa paye. En s’éloignant, invisible caméléon, il ne peut se défaire d’un mauvais pressentiment.

Ce qui existe, monde tangible. Une cité au-delà ces frontières, protégée par un désert aux proportions infinies. La route qui y mène est solitaire. Sa distance ne dépend que de la force de caractère de ceux qui l’empruntent. Des fantômes, des âmes fuyantes, un marché. Commerce de mémoire, de sentiments, d’instants vécus par d’autres, de sensations. Ailleurs, d’autres la dirigent. Tous ne peuvent pénétrer dans la cité, île au centre du fleuve amer ; on ne peut que s’y noyer.
Il y a le passeur, bien entendu, mais en vaut-il la peine ? Pour les sorciers comme Sirad, sans doute.

Les endormis. Ils rêvent. Ils tissent sur le métier de l’onirisme cet univers, ou le prochain.

***

L’inspiration est fluctuante au gré de ma respiration, elle se nourrit de qu’elle voit, ce qu’elle entend, ce qu’elle ressent au fond d’elle. Il n’y a pas lieu d’écrire et de la déverser sur une feuille blanche avant qu’elle ait pris une forme solide. Le temps de macération pour obtenir ce résultat est assez long en général ; la plupart du temps, cela n’aboutit pas. Tout construire dans sa tête, la cultiver jusqu’à ce qu’elle arrive à maturation. Il y a un thème, le vois-tu ? Une ambiance, une idée ; une douleur aussi, la ressens-tu ? Les mots viendront, mais pas encore, elle n’est pas prête. La lucarne te montre de quoi elle est capable, mais elle n’est pas achevée. Il n’y a qu’une silhouette, une esquisse qui se dessine elle-même petit à petit. Garde-la bien, ne la perds pas, nourris-la bien. Sous peu, elle voudra sortir, et tu l’aideras, tu la guideras. Et tu auras mal.

***

Ronan a écrit un texte très bon du côté des zombis. Allez le lire, quoi, vous en sortirez ravi, j’en suis certain.

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Auteur: Garbage Collector

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