GarbageCollector

Le blog qui lutte contre les fuites de mémoire.

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Le Sillon - par Ronan

« Aquallule !
Avec Aquallule, amenez la fraîcheur des océans avec vous, par tablettes de 24 ! Quatre par jour et c’est le bien-être assuré.
Attention. Une hyperhydratation peut entraîner des gonflements, une augmentation de la pression intracrânienne et des hémorragies. »
Volvévian, la nouvelle gamme des pastilles Aquallule


Un nouveau texte écrit par mon frère Ronan ! (N’oubliez pas que tout le monde peut m’envoyer un texte sur le sujet)

Marin et Aigue marchaient avec lenteur sur les plages du Cotentin. Le sable creuselé et bosselé manquait de les faire tomber ou de fouler leurs chevilles. Un petit vent chaud venant du sud soufflait, soulevant les bandes de tissus qui protégeaient leur tête. Ils arrivèrent enfin à la Croix, cette sculpture solitaire sur l’étendue infinie, un croisement de solides morceaux de fer rouillé. Ils tournèrent leur regard vers le Sillon et virent, au loin, un point noir miroiter sur l’air chaud. Au-delà, les falaises blanches, aveuglantes, de l’Île de Wight, ondulaient dans le mirage de la fin de matinée.
– Tu le vois ? demanda Marin.
– Oui.
Elle pointa du doigt un escarpement rouge et noir, perdu dans le lointain et se tourna vers son frère qui profita de la halte pour boire une gorgée à sa gourde.
– C’est le Foam Sunderer. Là-bas, tu seras en sécurité. Tu verras, ajouta-t-elle avec un sourire, tout le monde t’attend.
Marin sourit à son tour. Il apportait des collecteurs d’eau, outils indispensables pour condenser l’eau en pleine journée. Ils venaient de Voves, en Eure-et-Loire. Aigue sortit de son sac un petit papier et un crayon et y inscrivit un message en s’aidant d’une pierre plate. Elle ouvrit ensuite la petite cage accrochée à ses affaires et y pris le pigeon qui s’y trouvait, roula le morceau de papier et le rangea sans un petit embout sur la patte de l’animal. Elle le lâcha enfin et l’oiseau s’envola vers le bateau au loin.
– On doit y aller, Marin. On y sera dans le milieu de l’après-midi.
Ils se remirent en route : ils descendirent la plage et se retrouvèrent sur le Sillon. Le sol, encore sableux, était humide et chaud. Un sentier descendait sur plusieurs mètres un peu plus loin entre deux rochers, menant à un grand plateau, un ancien plateau sous-marin, le lit de la Manche.
Ils marchèrent longtemps, sous le soleil et dans l’humidité totale. Ils transpiraient abondamment, ils haletaient souvent, ils s’arrêtaient de temps en temps. Vers deux heures, ils durent faire une pause : leurs gourdes étaient vides. Le bateau était maintenant bien visible, tel une immense forteresse de la mer disparue.
– On aurait dû s’arrêter avant, dit Marin en sortant les collecteurs de son sac.
Aigue, qui observait les gestes de son frère avec curiosité, secoua la tête et répondit :
– On devait atteindre la terre ferme. Le sable est traître.
Tout en acquiesçant, Marin enclencha les appareils qui commencèrent à vrombir. Au bout d’une minute environ, un petit nuage s’était formé autour des antennes des collecteurs. Il plaça sa gourde sous un petit robinet et de l’eau s’écoula dans le récipient. Il répéta l’opération pour les autres gourdes et s’assit.
– Avant qu’on reparte, j’ai quelque chose à te dire, dit-il.
– Vas-y, répondit Aigue qui surveillait les alentours avec des jumelles.
– Voves est tombée.
Aigue reposa ses jumelles et se tourna vers son frère, une expression choquée sur les lèvres.
– Non … murmura-t-elle. Non … Pas Voves.
– Je me suis enfui juste à temps. Les weiken ne m’ont pas vu partir, heureusement. Je ne serais jamais arrivé jusqu’ici, sinon.
– Encore des mauvaises nouvelles.
– Aigue, écoute. Je dois parler au maire du Foam Sunderer. J’ai la liste des autres villes sur lesquelles ont peut compter pour les échanges. En plus des collecteurs, j’ai aussi des armes et des munitions.
– C’est de ça que tu voulais parler, quand tu disais que tu étais prêt pour toute éventualité, hier ?
– Oui.
– Les armes, ça s’épuise. Elles ne nous aideront pas éternellement. Viens, maintenant, il est temps de partir.
Sur ce, elle se leva et repartit, sans même attendre son frère. Celui-ci ramassa les collecteurs. Du coin de l’œil, il vit un mouvement. Sa tête tourna d’elle-même, par réflexe.
Une silhouette putrescente se tenait debout, à environ trois mètres de lui.
– Aigue ! Hurla-t-il.
Il courut pour la rattraper, en tentant de décrocher une poêle de son barda. Il la vit aux prises avec un autre weiken. Il put enfin déloger l’ustensile et, en arrivant à la hauteur de sa sœur, asséna un coup à l’homoncule grossièrement mâle. Ils coururent ensemble, tantôt lui, tantôt elle devant. Le Foam Sunderer était à encore une demi-heure de marche. Ils devaient se ménager. Ils avaient de la chance, cependant, car la plupart des chagnards qui les poursuivaient étaient dans un état de décomposition avancée et peinaient à les suivre. En  reprenant la marche pour reprendre leur souffle, Aigue dit :
–Tu dois laisser des trucs derrière.
Marin acquiesça, trop fatigué pour parler.
– Oh non ! s’écria soudain sa sœur.
 D’autres weiken étaient venus. Ceux-là marchaient plus vite. Et Aigue et Marin savaient qu’ils ne s’arrêteraient jamais. Il laissa tomber son sac et fouilla dedans. Il en sortit deux pistolets et un petit appareil qui tenait dans son point. Aigue écarquilla les yeux tout en recevant l’arme à feu. Elle en avait vu dans l’armurerie du bateau, mais ne savait pas à quoi cela servait. Marin enleva la goupille et posa la grenade à ses pieds, après quoi ils s’enfuirent tous les deux. Cinq de leurs poursuivants furent pris dans l’explosion de l’engin. Leurs chairs se déchirèrent et l’un d’entre eux, dont le haut du corps ne tenait que par la force de la colonne, fut sectionné en deux par la violence de l’onde de choc. Les autres furent ralentis par l’explosion, mais se remirent bientôt en marche. Dans la chaleur et l’humidité ambiante, Marin et Aigue pouvaient sentir leurs corps moisissant, leurs haleines pourries, ils entendaient leurs râles, reliques de respiration, de simples gaz de décomposition qui remontaient leurs gorges, quand ils en avaient une.
Ils les poursuivirent ainsi pendant plus de dix minutes, puis détectant par quelque sens inconnu les deux proies en haut d’un petit promontoire rocheux, en face d’eux, se brisèrent tel des vagues des océans d’antan sur les écueils. Ils étaient douze, mais seule la faim les guidait. Ils ne s’arrêtaient jamais, tentant de s’accrocher aux parois, tentant d’attraper leurs proies hors de portée.
Aigue sortit de sa poche une corne en cuivre. Elle souffla dedans les premières notes de l’introduction de Carmina Burana de Orff. Un son clair s’éleva, imitant les chœurs puissants d’un temps disparu et se répéta de nombreuses fois.
Entre deux coups de corne, elle dit à Marin :
– Descends tous ceux qui tentent de faire le tour. S’ils ne comprennent pas avant une dizaine de minutes, on est bon.
Acquiesçant, son frère se leva et prépara ses armes.
L’un des weiken parvint à se hisser sur le promontoire mais pour son effort reçut un coup de pied dans la tête qui le délogea. La créature retomba sur ses semblables, qui le laissèrent à terre et s’en servirent comme marchepied pour atteindre des hauteurs qu’ils ne pouvaient pas attraper auparavant. L’un deux étira ses mains et faillit faire tomber la proie, mais elle fut assez rapide pour se retirer. Les assauts inlassables continuèrent, mais nul ne pensait à faire le tour du promontoire.
– C’était ma dernière grenade, dit Marin. J’aurais dû attendre.
– Pas grave.
Elle regardait en direction du nord dans ses jumelles.
– Ah ! s’écria-t-elle.
Elle venait de voir un éclat de lumière qui s’approchait rapidement. Sortant de l’ombre du bâtiment pétrolier, un « humvee » arrivait à pleine vitesse en soulevant un lourd nuage de poussière.
– Laisse tomber, Marin, dit-elle. Les secours arrivent.
Son frère se retourna et sourit en voyant le véhicule se garer non loin de leur position. Ils fuirent et rentrèrent dans la voiture, qui démarra bientôt vers le bateau, dont l’ombre gigantesque s’allongeait à mesure que le jour tombait.
Mais derrière ce promontoire, les weiken restèrent à tenter de faire tomber la forteresse rocheuse sur laquelle, pendant une petite dizaine de minutes, le futur de la colonie du Briseur d’Écume se trouva menacé.

Garbage Collector

Auteur: Garbage Collector

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (0)

Soyez le premier à réagir sur cet article

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet

aucune annexe



À voir également

Coincés, par Yann

« Nos produits parfaitement étanches assureront une conservation très longue du goûts des aliments....

Lire la suite

Le chasseur, par Yann

« Nos planches en chêne massif maintenus par des rivets d’acier empêcheront au défunt de sortir de...

Lire la suite