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Rêves illimités

« Libérez la bête, effacez sa dette
Essayez d’oublier qu’elle n’a grapillé que les miettes
Et ne niez même pas les misères que vous lui faîtes
Elle n’a pas d’autre tort que d’avoir une autre tête »
Casey, Libérez la bête

Hier sont sorti les albums de Rocé et de Casey, deux CD que j’attendais depuis un bon moment. Rocé, assez posé, revient à un style plus hip hop que son précédent opus, mais avec des textes toujours aussi réfléchis. Son album est une réussite, mais je n’en doutais pas une seconde.
Casey fait du rap. C’est pas le plus dansant, je n’ai encore jamais vu personne bouger ses fesses en boîte sur Tragédie d’une trajectoire, son premier album (d’aucuns diront que je ne vois jamais personne bouger ses fesses en boîte, puisque je n’y pose jamais mes semelles).
Casey pratique un rap sombre, « hardcore », estampillé « de fils d’immigré », à l’instar de ses compères d’Anfalsh (son groupe), de la Rumeur et de Matière Première. Ses paroles transpirent du poids du passé colonialiste de la France et de celui des chaînes de ses ancêtres antillais. Les cases des esclaves se sont changées en tour de béton et les champs de coton en usines et files interminables à l’ANPE ; Casey reste une créature ratée, un mort-vivant, une tête à la traîne.
Casey est une plume à part dans le rap hexagonal. Maniant les mots avec génie, jamais à court de rimes ni avare d’allitération et d’assonances, elle vise toujours juste, frappant à grand coups dans l’estomac.

Depuis l’écoute de son premier solo et son album commun avec Hamé de la Rumeur et le trio de « free rock » Zone Libre, j’étais fort impatient de découvrir son second solo, annoncé depuis plus d’un an maintenant. Et je n’ai pas été déçu. Toujours aussi sombre et pessimiste, aucun des 13 titres ne donne le sourire, ne donne envie d’embrasser son conjoint, n’allège le cœur. C’est à chaque fois une claque qu’elle nous assène, « à la gloire de [son] glaire », de sa douleur et de sa voix grave. Je ne sais pas si c’est à cause de son état « d’exclue à la gueule masculine », mais il est certain qu’elle écrit avec bien plus de couilles que ses confrères masculins.
À l’écoute de son album, on relève deux choses : les featurings (Al de Matière Première sur Aux ordres du maître et Prodige et B.James d’Anfalsh sur Primates des Caraïbes) sont les moins bons titres de l’album (B. James est juste… mauvais sur ce titre, dommage). La seconde chose, quatre titres sortent du lot ; trois sont à suivre, le dernier se trouve à la fin. Deux titres, Créature ratée (au début de l’album) et Sac de sucre (fin de l’album), présentent l’esclavage sous le regard respectivement des blancs et des noirs. Le morceau Regard glacé nous prouve, si cela devait encore être fait, que Casey manie la langue française, les rimes et les allitération avec maestro. Et cela fait vraiment plaisir. Le dernier, le meilleur à mon sens de l’album, est aussi le plus personnel de l’artiste, je vous laisse le découvrir :


Casey, Rêves illimités


Garbage Collector

Auteur: Garbage Collector

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