GarbageCollector

Le blog qui lutte contre les fuites de mémoire.

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Même Yoda ne peut voir leur destin.

« La canne de combat, un sport sympa »
Des idiots.


Entre autres choses, avant moult réjouissances prévues en ce week end pascal – qui n’avaient d’ailleurs rien à voir avec une quelconque célébration religieuse, j’ai dit au revoir à un type. (Je ne lui ai pas dit que ça, hein ; j’ai même commencé par lui dire bonjour). Ça a été un au revoir classique, avec serrage de main approprié, une petite blague de circonstance (« Si t’as besoin d’aide pour le déménagement, fais-moi signe » lui proposai-je. « Si ça t’intéresse de former les chinois, fais-moi signe »me dit-il en retour.) et puis ce fut tout. (« L’orgueil, c’est comme ça. » scande Shurik’n.) Bon faut dire que ce n’est peut-être pas le dernier au revoir, j’espère avoir droit à la grande bouffe en mai-juin, surtout que je n’y étais pas l’année dernière.
C’est compliqué de savoir quand je le reverrais, puisque mon propre éloignement du milieu (presque une fuite en fait) limite les chances de se retrouver lors des rencontres nationales. J’espère qu’à l’occasion, il me paiera le ti-punch, mais cela implique que je lui rende visite, à la Réunion (pas que cela me déplairait, entendons-nous bien).

Ainsi le maître s’en va, laissant ses padawans prendre le relais et former les prochains jedis. Cela fait plus de vingt ans qu’il a fondé l’école quimpéroise de canne, plus de dix ans qu’il a entamé ma formation. Ses deux premiers élèves sont toujours présents et assureront après son départ la relève. Nul doute que l’école est entre de bonnes mains. Toutefois, je ne peux m’empêcher de penser que c’est le début du tome 2.

Tome 2 - Chapitre 1 :

Le vieux maître était parti, préparant sa retraite au soleil sur une petite île lointaine. Son premier élève était assez fort aujourd’hui pour enseigner à son tour son savoir ; il avait quitté l’école confiant. Les pieds sur la table, la vue sur les flots cyan et le rhum à la main, il profitait de sa nouvelle vie au soleil sans se soucier réellement de la reprise des entrainements à Quimper. À l’autre bout du monde, la pluie tombait à verse sur le toit du gymnase décrépit, crachée par les derniers jours de l’été. Maussades, les jeunes élèves attendaient patiemment en s’abritant sous un arbre leur nouvel entraîneur, qu’ils connaissaient tous depuis plusieurs années déjà. Au moins une chose qui ne changerait pas, ils ne seront pas tout à fait dépaysés : le retard du porteur des clés était depuis une vingtaine d’années la coutume du club.

Je pense avoir connu à peu près 6 ou 7 chapitres du premier tome et j’ai surtout participé à son expansion, à son « heure de gloire »et à la sauvegarde de « l’école quimpéroise ».
Je ne suis pas quelqu’un de nostalgique ; d’un point de vue général, je ne crois pas qu’avant c’était mieux, je suis même persuadé du contraire (sinon, autant me suicider direct). Toutefois, j’ai une certaine tendresse pour mes premières années dans le club, débutées il y a dix ans et demi. Nous n’étions alors pas nombreux, nous nous entrainions le samedi après-midi dans la petite salle de sport d’une école primaire, et il y avait un « noyau » de personnes qui s’entendaient très bien. J’ai rapidement intégré ce noyau. Outre maître Luke, il y avait deux des plus anciens élèves du club, deux des cannistes les plus doués du milieu. Aujourd’hui, l’un est toujours présent et reprendra l’enseignement tandis que le second ne touche une canne qu’une fois par an, pour montrer aux jeunes ce que faire de la canne de combat signifie. En dehors, il s’occupe de la section boxe. À l’époque, il y avait la famille. Ça a toujours été quelque chose de familial la canne ; chez nous, les 4 y sont passés, en plus des cousins. Et mes trois frères étaient également très doués.
À l’époque, seule une personne tirait en compétition. Il aura fallut que j’attende ma quatrième année de canne pour que notre entraîneur accepte d’envoyer d’autres tireurs. D’abord les filles du club et moi, puis la génération d’après, la suivante, et en mai, la future.
Aujourd’hui, il n’y a plus les anciens compétiteurs au club qui pourraient former les prochains. Le niveau technique tend à se dégrader, là où auparavant nous en tirions une grande fierté. Nous étions l’un des deux clubs de France considérés comme techniques ; nous étions une école de style. À défaut de placer les gens sur la première marche du podium, nous revenions avec les coupes de style, celle qui récompensait un travail important de la maîtrise de l’arme. Lorsqu’on est entraîné par les deux tireurs les plus techniques de France, forcément, on apprend vite.
Aujourd’hui, nous avons des champions, et peut-être bien des futurs champion(ne)s. Mais, ils n’ont pas le style qui faisait de nous un club à part (quoique l’une des jeunes et futures compétitrices tend à me faire mentir !).

La canne de combat, c’est dix ans de ma vie, et bien qu’étant en pause actuellement, je suis certain qu’il en reste encore un paquet à venir. Six ans de compétition, trois podiums en compétition nationale, davantage en tournoi régional. Et je me souviens qu’à 16 ans je disais que la compétition ne m’attirait pas.  La compét’ et la canne m’ont ennuyé, énervé, mis réellement en rogne mais elles ont fait de moi ce que je suis, en me permettant de m’exprimer pleinement dans un art spectaculaire, en me donnant la confiance en moi que j’avais besoin. Bien que je n’y ai longtemps pas cru, je suis certain aujourd’hui qu’avec un peu plus de motivation et d’entrainement, j’aurais pu devenir l’un des meilleurs sur le circuit, voire décrocher une fois le titre en championnat de France. En fait, je m’en moque. J’ai, à l’instar des modèles de mon club, montré ce que donnait la canne lorsqu’on la pratiquait avec respect, fair-play et technique. J’ai montré qu’il y avait six coups et trois niveaux, alors que les trois quarts des tireurs peinent à utiliser trois coups différents sur deux niveaux. J’ai aimé pratiquer contre des adversaires qui ont la même approche que moi de notre discipline, j’ai tenté d’inculquer cet esprit à ceux qui sont venus après moi. Et tout cela me suffit amplement. Je ne suis pas quelqu’un de prétentieux, je pense que vous le savez, mais, surtout en ce qui concerne la canne, sans doute l’art que je maîtrise le mieux, je ne peux pas non plus me permettre de faire de la fausse modestie. Je ne serais jamais champion, mais en me voyant tirer, les gens savent qui je suis et d’où je viens. Et moi, je sais de qui je tiens, je sais ce que je dois à Erwan, David et Luc.

Article du Télégramme du 06/04/2010 après le tournoi quimpérois Bazhataeg. Cliquer pour pouvoir lire, c’est plus simple. On remarquera mon nom deux fois dans l’article bien que n’ayant pas participé.

Garbage Collector

Auteur: Garbage Collector

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (2)

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet

aucune annexe



À voir également

Dans ma poche de blouson, j'ai un portefeuille, un porte-monnaie, des clés, des doigts parfois, et un lecteur MP3

« Ma feuille est blancheDevant moi tout est noirS’il vous plaît écoutez-moiJe suis tombé dans un...

Lire la suite

QCM

« Si tu kiffes pas, t’écoutes et pis c’est tout. »Lunatic, Si tu kiffe pas Allez, je fais comme mes...

Lire la suite