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La vie avec des antennes et six pattes

« Dans la vie, tout  est question de proportions. Si l’on était des fourmis, le caniveau nous semblerait  l’embouchure  de l’Amazone. »
Quino, Malfalda


J’habite (pour l’instant) là :

et là :

et encore là :

Un peu ici aussi :


J’ai acheté quelques bandes dessinées à Lille :

En voyant ce « chez moi », je me pose une question toute conne : pouvons-nous légitimement revendiquer les quelques dizaines de mètres carrés que nous habitons comme étant notre propriété ? Dans le monde animal, il est assez courant qu’un ou plusieurs individus prennent possession d’un lieu, en général abrité, et en refusent l’accès à toute autre créature. Pour autant, plus le terrier ou la maison est grand, plus il est difficile d’en contrôler l’exclusivité. En outre, l’habitat étant en général proportionnel à la taille de son locataire, des individus de taille sensiblement différentes peuvent revendiquer le même lieu : le plus petit occupera un espace restreint au regard du plus grand, et ne remarquera même pas qu’il empiète le territoire d’un autre. C’est un peu comme si la Terre était la maison d’un être géant, invisible à nos yeux, qui nous considèrerait comme de la vermine.
Ai-je le droit, moralement parlant, de me plaindre de mes colocataires, et de les chasser, sous prétexte qu’ils ont investi ma    demeure, alors que de manière évidente, nous n’avons pas le même rapport des dimensions. Tout est relatif, comme disait le célèbre savant. Pour autant que je sache, c’est peut-être moi qui empiète sur leur fourmilière.



Pour info, il s’agit de ma salle de bain, derrière ma douche.

Ce qui est amusant, c’est qu’elle ne sortent que le soir  ; le matin, elles restent invisibles. Le hic, c’est qu’on est en pleine période de reproduction, il fait chaud, et par conséquent les mâles cherchent à prendre leur envol. Je sais que cette période ne dure pas très longtemps, les mâles ayant une espérance de vie très courte ; ceci dit, je m’en passerais bien. Bon, ce n’est que des fourmis, ça passe encore. C’est sympathique, une fourmi ; j’ai du mal à croire que j’en avais peur étant petit. (Ok, c’est bon, je sens dans mon dos vos sourires mesquins et moqueurs… il faut juste savoir que je n’ai jamais été courageux. Toutefois, concernant les petites bébêtes, ça a bien changé. Je n’en ai plus du tout peur, et même, je les aime bien (les gens doivent me croire fou quand ils me voient prendre une araignée ou un insecte dans la main pour le mettre dehors, parce que j’ai horreur de les tuer…)) Les fourmis, ça fait réfléchir : elles ont fondées l’une des sociétés les plus sophistiquées dans laquelle la conscience collective a remplacée toute cognition individuelle. Elles ne cherchent qu’à maintenir leur reine en vie, afin qu’elle ponde des ouvrières et de nouvelles reines qui à leur tour fonderont une nouvelle colonie. Il n’y a pas de place là-dedans pour la philosophie, la science (quoique… certains auteurs pensent qu’elles ont le secret de la guérison du cancer) ou les jeux vidéos. Seulement la survie de l’espèce.
Nous, humains, sommes bien plus partagés. Certains d’entre nous mettent en avant la conscience individuelle, la liberté de penser et d’agir alors que d’autres cherchent à imiter le modèle fourmilier (j’ignore quel est l’adjectif associé à fourmi, désolé ; j’ai hésité avec fourmal) : tous les sujets aux service de la souveraineté et si possible, tous les sujets asexués.
Deux affaires ont retenus mon attention cette semaine concernant le monde réel des humains au service d’un roitelet de pacotille :
La première, c’est l’éviction médiatisée de Guillon et Porte de France Inter. C’était bien entendu à prévoir, ils étaient sur la sellette déjà avant l’arrivé de Hees aux commandes de la radio de service public. C’est bien sûr une histoire politique, mais pas seulement. Il est également question d’égo ; celui de Hees et celui de Val, qui n’ont, ni l’un, ni l’autre, apprécié les plaisanteries des deux lurons à leur encontre. Je me marre quand je me dis que Val a été aux commandes du journal satirique par excellence pendant de longues années et qu’il avait fait son cheval de bataille de la liberté d’expression. Si c’est dur d’être aimé par des cons, c’est bien douloureux de voir la seule radio qui gardait un peu de liberté et d’impertinence mourir à petit feu, tourné à la broche par des cons. Je les emmerde.

L’autre fait, qui est sans doute passé bien plus inaperçu est la relaxe prononcée pour Hamé du groupe de rap La Rumeur. Pour situer la situation, l’état était en procès contre Hamé depuis huit ans pour diffamation, suite à la rédaction d’un article traitant des violences (comprendre meurtre) policières, dans lequel Hamé écrivait : « les rapports du ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces l’ordre sans que les assassins ne soient inquiétés » (sic)
Relaxé deux fois, l’État (par le biais, au début, de Sarkozy, ministre de l’intérieur à l’époque) avait demandé à deux reprises un pourvoi en cassation, ce qui ne s’était jamais vu.
Huit ans de procédures, d’acharnement pour en arriver à un triste constat : s’il subsiste heureusement des magistrats qui restent indépendants face au pouvoir en place, la liberté d’expression est bien menacée… Tout ça ne me surprend nullement, c’est juste une preuve de plus, s’il en fallait une, que le danger est bien présent. Je ne suis pas un révolutionnaire, pas un humoriste caricaturiste, ni un rappeur rageur, mais j’espère une seule chose : que jamais je ne plierai, que jamais je n’accepterai de me taire, de courber l’échine, de me résigner, de me censurer, de faire des concessions. Et si jamais vous voyez que je prends ce chemin, par pitié, tuez-moi.

Si je pouvais prendre de la hauteur, que verrais-je de notre monde, de notre fourmilière ? Des insectes, s’agitant en tous sens ; de là-haut sans doute ne distinguerais-je aucune individualité. J’y verrais le passé et le futur des hommes, car sans les détails, il est impossible de distinguer ce qui évolue dans le temps. Si j’avais vraiment pu faire ce que je voulais, je serais loin d’ici, dans aucun pays, là où aucune frontière ne me retiendrais, là où je n’aurais plus à craindre mes proches et mes concitoyens. Je me vois dériver au milieu de nulle part, dans le froid et le silence de l’espace ; et je verrais la Terre dans sa globalité, ainsi que les autres planètes. Je choisirais de m’intéresser au mobile dans sa globalité, ou bien de me focaliser sur les détails, en particulier sur mon verre de rhum qui reposerais sur une table entourée d’amis. Je n’aurais pas de maison, mais je vous inviterez quand même chez moi, dans la Ceinture d’Orion et vous danserez au rythme de la musique silencieuse jouée par les astéroïdes pendant que moi je resterais assis sur une chaise flottante ; je n’ai jamais pu piffrer les boîtes de nuit, qu’elles soient cosmiques ou non.
On n’en est pas encore là ; et je ne sais pas où on en est justement. Vous serez où dans dix ans, vous, sérieusement ? Vous pensez faire quoi, vous imaginez-vous faire ce que vous vouliez ? Moi, j’ai tendance à ne pas me projeter, même au lendemain. Je vis vraiment au jour le jour, et travailler n’y change rien, ce n’est pas une question d’argent. Aujourd’hui je bosse, je fais ce pour quoi j’ai été formé, donc normalement ce que j’aime. Malgré tout, je ne m’imagine pas travailler là-dedans toute ma vie. Je vois des collègues qui n’ont fait que ça, qui sont dans cette boîte depuis plus de quinze ans. J’espère que ce ne sera pas mon cas ; je ne veux pas qu’on me résume à une activité, je ne veux pas passer la partie la plus importante partie de ma vie à faire ce qui m’éloigne fortement de mes rêves, aussi irréalisables soient-ils. Pourtant, le réalisme, le « bon sens » prendra forcément le dessus, comme il le fait toujours. Ça doit être une des raisons pour lesquelles je ne regarde pas trop devant : ça me ferait bien trop peur, ça me déprimerait à mort…
Si dans dix ou quinze ans une expédition se met en place, avec le concours de gens « normaux », pour aller explorer l’univers, je prends mon billet !

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Auteur: Garbage Collector

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