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Un peu plus de Fantasy (suite de Ronan)

« Tarandris accompagne ses héros sur les cent premières lieues de la Longue Marche. Il converse avec eux et les aide à accomplir leur dernier acte solitaire. Parfois, alors que mes fils sont loin, je me surprend à l’attendre, et je le vois presque ouvrir en grand les solides portes de mon domaine, me faisant signe de le suivre pour entamer à ses côtés ma dernière route. » Irnold, dans une lettre envoyée à l’un de ses derniers amis, quelques semaines avant sa mort.


La suite est de Ronan !

Il s’appelait Jenelog.
Vingt ans plus tôt, il était descendu des plaines de Ksall, à la tête de deux cents hommes, pour m’aider à reconquérir le royaume de mes ancêtres, Vinskarl. Cette épopée nous avait couvert d’honneur. L’honneur d’un peuple disparu dont je suis le dernier homme, le dernier roi.
Il s’appelait Jenelog et il ne reste de lui que le corps brisé d’un vétéran, sans plus d’âme que ces misérables pourceaux d’Orcs. Son âme a rejoint les vents du nord où il chante et hurle dans le Hall des Vins aux côtés de ses ancêtres.
Ma hache fend l’air pour le venger, en souvenir de sa vaillance il y a vingt ans, dans la salle du trône de Vinskarl où il tailla la chair des Orcs, où je défis en duel leur roi Humsal, où le Roi Solitaire et l’Elfe Vorentfel me soutinrent comme les bons compagnons qu’ils étaient.
Le seigneur de guerre Orc tombe, décapité, comme Humsal, comme le dragon Fjenis, comme le chef des merceniaires de Kulsan. Je repense à Ivac et à ma première rencontre avec le Roi Solitaire et l’Elfe Vorentfel. Je repense à cette taverne où le Roi Solitaire et moi échangeâmes nos premiers mots :
— Je recherche le sorcier Ivac le Feu-Noir, avait-il dit. Il a volé quelque chose qui appartient à un ami.
— Il n’y a pas de sorcier ici, avais-je répondu. Mais j’ai ouï dire qu’un être de la sorte avait élu domicile dans la tour de Saull Sagor. Je m’y rends, car l’immonde chien a tué quelques uns de mes amis dans ses voyages au nord.
— Es-tu fou ou valeureux ? avait répliqué l’Elfe à la langue bien pendue. N’as-tu point peur de te mesurer seul à un maître des arcanes ?
— Non pas, fillette, avais-je répondu avec arrogance. La brise du nord me protège et je ne crains pas la sorcellerie. Mais j’apprécierais tout de même la compagnie d’un sang-bleu et même celle d’un Elfe. A vous deux, vous n’êtes pas aussi large que moi, mais ton épée, sang-bleu, me paraît d’un tranchant distingué, et je connais la valeur des arcs Elfiques.
Ils éclatèrent de rire et le Roi Solitaire m’expliqua qu’il savait de source sure que nous traquions le même sorcier.
Le voyage fut long, mais j’en appris beaucoup de mes compagnons et ils en apprirent long de moi, bien qu’ils ne surent jamais le vrai nom qui m’avait été donné :
Les Orcs avaient attaqué le royaume des Hommes-du-Gouffre avec l’accord tacite du Seigneur Caldan, qui dirigeait tel un chien imbibé de vin et de bière la ville de Wlaucar. La ville inhospitalière était à moins de cinq lieues de l’entrée de Vinskarl, mais ses portes demeurèrent closes lorsque nous tentâmes de nous y réfugier pour fuir les monstres verts, et nul n’entendit nos suppliques.
Je voyageai des jours entiers avant de rencontrer un campement des barbares des collines de Ksall. Je volai dans leurs provisions pour survivre et quand ils m’attrapèrent, je blessai Ulfein, leur meilleur guerrier, avec mon coutelas. Ce jour-là, ils me nommèrent Fjaer-lyr, le Feu-Bleu. Ils n’avaient jamais vu un enfant à la peau si blanche et aux yeux si bleus. Ils ne savaient pas que je venais d’un peuple souterrain. Fjaer-lyr fut mon nom pendant quinze ans puis, lorsque je décidai de partir à la recherche de mon ancien royaume, je décidai d’emprunter le nom de Falir, que les gens du sud n’écorcheraient point.
Cette première aventure se solda par un échec : le sorcier nous échappa avec l’Orbe de Tarandris, le trésor convoité. Mais nous fîmes ainsi la connaissance du Nain Dragmir et de ses amis qui nous sauvèrent d’un mauvais pas.
Alors que je me lance dans la masse de mes ennemis, je repense à ce glorieux jour où Ivac le Feu-Noir périt de nos mains conjointes. L’épée Subarion de mon compagnon le pourfendit de part en part, mais alors même qu’il savait sa mort proche, son visage resta de marbre et son regard pénétrant captura le Roi Solitaire dans ses rets. Alors que Feu-Noir psalmodiait un chant pour frapper mon ami de mille tourments, j’entonnai moi-même un Cri de Bise de mon peuple adoptif et, achevant de le déconcentrer, je permis à l’épée Subarion de trouver son cou et de le fendre en deux.
A la pensée jouissive de la mort du maléfique sorcier, je redouble d’énergie et taille les Orcs des montagnes. Mais la fatigue des cinquante-cinq ans ne tarde pas à revenir et un coup s’abat sur mon casque. Je recule en titubant. Mes hommes m’entourent et prient en silence. Les renforts vont arriver et nous allons vaincre. J’entonne une dernière fois le Chant de la Bise, qui se mue en Hurlement du Blizzard de la nuit. Et je repars de plus belle. Et les Orcs meurent devant moi. Et ma hache danse avec moi.
En voyant l’arme adverse descendre sur mon heaume dévasté, deux choses me viennent à l’esprit. D’abord les collines de Wlaucar seront libérées au matin car je viens d’enfoncer ma hache dans les tripes de leur seigneur Orc. Enfin je pense à mon ami de toujours et à son épée – ses épées, je pense à sa valeur et à son courage, mais aussi à la tristesse de partir sans l’avoir à mes côtés. Irnold, mon ami Solitaire, si tu m’entends, sache que cette nuit je rejoins la Brise Eternelle !

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Auteur: Garbage Collector

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