GarbageCollector

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Du fond de la mine de mon crayon

« Plus terrifiant que n'importe quel film de maison hantée ! »
Rue Morgue Magazine, sur la jaquette du DVD de Dead Crossroads, et oui, je n'avais pas d'idée de citation. Mais Dead Crossroads c'est sympa tout plein.


« Mon idée par rapport à tout ce qui nous est arrivé depuis deux mois, c'est que l'esprit humain s'attache à ce qui l'entoure. C'est une colle, une peinture qui ne s'écaille pas à la même vitesse selon le matériau. Les esprits du plus grand nombre glissent sur les murs et passent sans pénétrer la sève des poutres ou le synthétique du linoleum. Mais certains restent accrochés, et ils finissent par totalement habiter le lieu, sans pouvoir s'en défaire ; le plus souvent sans la volonté de s'en défaire. Et il est là, comme un cœur battant lentement, soufflant la vie à travers murs et plafonds, offrant un peu de sa protection, ou, parfois, agissant dans le but de nuire. Il s'agit de la transpiration d'une âme – je n'apprécie que modérément ce terme, mais il illustre assez bien mon propos – de l'animé vers l'inanimé. C'est en quelque sorte ce qui nous amène à ressentir du confort lorsqu'on pénètre un lieu que l'on connaît bien : son propre appartement, la maison familiale, son bar favori. En ouvrant ma porte, je salue tous les Gwen qui y vivent, de ma chambre à la cuisine, du salon à la salle de bain. Je n'ai pas peur de changer de pièce, car j'y suis déjà. Je doute que cette part de moi ne survive bien longtemps aux murs du numéro 27 lorsque je l'aurais quitté : mon successeur ne devrait pas ressentir de présence inconnue plus de quelques jours. Rien de fort n'existe entre ces murs et moi, en dehors du confort relatif que le lieu m'apporte, il n'y aura aucune histoire à tisser sur l'albâtre qui m'entoure. Par contre, s'il me venait à donner certains de mes objets qui m'ont suivi de si loin, leur nouveau propriétaire ne pourrait taire ma présence alors qu'il les manipulerait. Il me croira penché par-dessus son épaule lorsqu'il lira Ranelot et Buffolet à son enfant, ou lorsqu'il tournera les pages de La Cité du Dieu Perdu. Il ne sera pas le seul à ouvrir les lames de mon couteau suisse et m'entendra murmurer à chaque fois qu'il écoutera mon CD de L'École du Micro d'Argent. C'est la mémoire de l'objet, tout le monde en fait l'expérience, souvent en éprouvant une certaine nostalgie, parfois teintée de mélancolie, le plus souvent de joie. C'est le cas lorsque je distingue du coin de l'œil la cave de mon grand-père et son vieux couteau taillant le bois alors que j'admire ma Ford T.

Dans l'imagerie populaire, ce sont les vieilles maisons qui attirent les fantômes. Et pour qu'ils se sentent bien chez eux, il est impératif que la bâtisse ait été le lieu d'une histoire macabre. Les objets se nourrissent de la mémoire : une ancienne maison a très vraisemblablement connu de nombreux habitants, ajoutant à chaque fois une nouvelle couche de peinture spirituelle. Une maison familiale est un parfait exemple : plusieurs générations d'un même sang, d'une même culture et d'une même histoire se sont partagés les lieux. Tous ces souvenirs se rencontrent, se répètent, se rappellent ; chaque pièce a vécu des drames et des joies, chaque membre de la famille y a sans doute laissé une empreinte. Entendre des rires d'enfants dans les chambres alors que l'on sait avec certitude que l'étage est vide n'est en rien l'expression d'un drame horrible, d'un poltergeist effrayant. Combien de fois cette scène de jeu enfantin s'est-elle réellement passée ? Cinquante, cent fois par génération ? Suffisamment pour que ce jour-là, l'un des souvenirs imprégné dans les murs, ou dans l'escalier réapparaisse, incongrûment. Ce n'est en rien éloigné des anecdotes familiales que l'on se raconte autour d'une table, autour du plat de mojettes. La mémoire est collective, et elle est davantage encore : elle inclut le reste, le carrelage, le miroir ou le jardin, elle intègre la planète elle-même. »

Pour ne pas connaître la suite de cet haletant récit, il vous suffire d'aller lire ce numéro de Short Stories Store, dans lequel pas moins de une nouvelle de moi s'y trouve. Ma nouvelle s'appelle Carrefour 105, et tous les lecteurs de ce blog l'ont déjà lu ! (Ce qui ne vous empêche pas d'aller la relire, voir d'utiliser vos yeux sur les autres nouvelles qui s'y trouvent.) Suffit de cliquer sur la jaquette. Cliquez, cuistres !

Et voici le lien vers le site d'Autres Mondes, qui ont organisé cet ATI, et qui ont l'air d'être des gens cool :

Autres Mondes


Je termine ce billet avec une image d'un objet hanté par moi :

couteau.JPG

(Les autres lames, je n'arrive même pas à les sortir.)

Garbage Collector

Auteur: Garbage Collector

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Commentaires (3)

Kalys Kalys ·  26 juin 2013, 13:33

C'est cool !! Moi je ne me souviens pas avoir déjà lu ce texte - mais je suis souvent flemmarde face aux longues entrées de blog - quand bien même j'en rédige moi-même - donc je vais me faire un plaisir de cliquer :)

Bises !!

Kalys Kalys ·  26 juin 2013, 14:00

Ah ben si, tu vois, j'avais seulement oublié le titre :) Félicitations !

Garbage Collector Garbage Collector ·  26 juin 2013, 20:34

Merci !

Mais en fait c'est normal, à l'époque, elle n'avais pas de titre. C'est au moment de leur envoyer que je me suis dit qu'un titre c'est plus chouette.

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